« VIVARIUM », l’angoisse du périurbain

Le 11 mars sortait en France « Vivarium » de l’irlandais Lorcan Finnegan. Malheureusement, le confinement décrété quelques jours plus tard a raccourci la vie en cinéma du film, et vous êtes sans doute nombreux à être passé à côté de cette co-production irlando-belgo-danoise. 
J’ai eu pour ma part la chance de le voir, et je vous partage ici mon analyse toute personnelle. 

 

À la recherche de leur première maison, Gemma et Tom effectuent une visite en compagnie d’un mystérieux agent immobilier, Martin. Par la suite, le jeune couple se retrouve piégé dans un lotissement de maisons identiques appelé Vauvert.

Sorti entre deux périodes de confinement, Vivarium ne pouvait pas mieux tomber. Alors que se multiplient les articles, les conférences, les forums, sur un possible exode urbain consécutif au confinement, Vivarium arrive sur nos écrans pour proposer, sous prétexte d’un film de science-fiction vaguement réussi et relativement compréhensible, un portrait angoissant de la vie dans le périurbain.

Un bel emplacement pour un barbecue Weber non ?

Le périurbain, pour le metteur en scène et scénariste du film, c’est d’abord ce lieu de la concrétisation de la vie de couple, le rêve de la vie à deux…puis bientôt à trois, avec l’arrivée du premier enfant.

A ce titre, la bande-annonce (voir en fin d’article) reflète assez bien ce que le périurbain, et au-delà le rêve collectif de la maison individuelle : la validation d’un parcours de vie réussi.

C’est aussi cet endroit où tout se ressemble : l’architecture des maisons, pas tout à fait mitoyennes, les rues, les nuages, les jeunes arbres tout juste plantés dans le bitume, les rêves, les problèmes et les cauchemars. Comme le film ne se déroule pas en France, il manque quand même les clôtures !

Comme dans un city-builder

Bien vite, néanmoins, on s’y sent seul…et prisonnier. Assigné à résidence, loin des amis, des collègues, de la civilisation, perdu dans ses rues monotones, il ne nous reste plus qu’à jardiner, creuser à perte et sans but la terre du jardin tant convoité et à la pelouse impeccable. Et élever son enfant, arrivé sans crier gare.

Au bout du compte, on s’inquiète pour notre santé mentale, et pour notre couple. Le rêve périurbain se transforme en cauchemar, qui prend in fine la forme humaine du promoteur immobilier.

Difficile de ne pas voir derrière la simple histoire et la photographie acidulée une critique politique et sociale du périurbain. Venus trouver le bonheur d’une vie à deux dans leur propre cocon, les protagonistes (on taira la fin du film) basculent dans l’horreur. « All we wanted was a home » s’exclamera ainsi l’héroïne, actant ainsi le choc et les regrets. 

L’effet est plutôt réussi : j’en veux pour preuve cette rapide recension. J’ai vu le film à sa sortie et j’écris l’article six mois plus tard, sans l’avoir revu, encore transpercé par les sensations ressentis au visionnage et le spectacle hallucinant. 

Entre temps, j’ai travaillé plusieurs mois à la caractérisation de certaines communes périurbaines dans mon département, et je dois dire que, si je partageais en grande partie la vision pessimiste et critique proposée par Vivarium, mon opinion a changé.

Oui, le périurbain est probablement un désastre écologique ; oui, il interroge notre rapport à la densité, à l’intimité, à la mobilité automobile. Mais il est aussi un lieu de relations inattendu, d’opportunités de mises en place d’alternatives concrètes, où l’habiter est sans doute au moins autant sinon plus marqué qu’en ville (au-delà de vivre dans le périurbain, on vit son jardin et on investit sa parcelle bien plus qu’on ne semble investir sa cage d’escalier)

Pour un urbaniste, qui plus est intranquille et concerné par la résilience, la soutenabilité, la poésie, la praticabilité d’un territoire, le périurbain est aussi, surtout, comme pour le cinéaste, un territoire propice à des questionnements sur notre vivre-ensemble, et un magnifique terrain de jeu pour les années à venir.

 

Pour aller plus loin :

Published by

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.