[Compte-rendu] La ville d’hier a t-elle un avenir ?

La ville d’hier a t-elle un avenir ? Vagabondage dans  la pensée urbaine de Thierry Paquot, philosophe, à l’occasion sa conférence à Rue de l’Avenir, jeudi 11 janvier 2018, et de la sortie en librairie du Dicorue, son dernier ouvrage sensible, poétique, critique et inspiré.

« Je m’oppose à l’adjectif durable. Je suis contre la ville durable. Certaines villes ont trop duré. Dubaï, par exemple : qu’elle crève ! »

Thierry Paquot n’est pas géographe. Il n’est pas architecte, pas urbaniste, ni élu de la République ou aménageur, mais il est un peu tout ça à la fois (sauf élu). Thierry Paquot est philosophe, s’intéresse depuis de nombreuses années à l’objet ville, à la question urbaine, et particulièrement aux gens qui la peuplent. L’homme a connu Henri Lefebvre, Bernard Charbonneau, s’entretient avec Jan Gehl, Françoise Choay, édite Alberto Magnaghi, et sa parole est libre. Il en a fait profiter son auditoire (on regrettera l’absence relative de la jeunesse dans la salle) pendant près de deux heures, à l’occasion du trentième anniversaire de l’association Rue de l’Avenir.

La question introductive à son discours – la rue a t-elle une avenir? – il n’y répondra pas vraiment. A la place, T. Paquot opère ce qu’il appelle une approche rétro-prospective, c’est à dire effectuer d’abord un retour historique passionnant sur les origines de la ville et de la rue, avant de poser les bases d’une réflexion collective sur le devenir de l’urbain. En bon citadin, il déambule, traverse, s’arrête et observe: l’éloquence, l’érudition et l’humour de Thierry Paquot surgissent alors au détour d’anecdotes personnelles ou de précisions historiographiques. Tentons malgré tout d’ordonner (qu’il m’en excuse) et de synthétiser son propos (avec les approximations que cela peut engendrer).

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Petite histoire de la rue…et du piéton

L’apparition de la rue précède celle du piéton, mais ne coïncide pas nécessairement avec la naissance de la ville, bien plus ancienne. Certains sites urbains très anciens, n’ont pas de rue (la communication se fait par les toits, et les maisons donnent sur les champs). Et si les premières villes, il y a 6000 ans, sont dès le départ pensées en réseaux puisque « filles du commerce »,  les rues n’y sont que des lieux de circulation.

Dans la lignée de Françoise Choay, Thierry Paquot pense la ville, et donc la rue, comme un processus dynamique, le fruit d’une histoire. Or, l’histoire montre que la rue ne succède à la place comme lieu de déambulation ou de rencontres que très tardivement. Si le piéton n’existe pas dans la Rome ou la Grèce antique, la rue du Moyen-Age n’est elle qu’une extension de la maison : le commerçant y place ses étals. L’Age Classique élargit la rue pour faciliter les parades et défilés, naturellement exacerbée par l’urbanisme Haussmannien (on y reviendra) pour en faire un outil de régulation.

Le piéton n’apparait réellement qu’à la fin du XVIIIè siècle avec la réapparition du fantassin, ce soldat à pied, sorte de prolétaire de l’armée. Rapidement les aristocrates vont descendre de leur chaise à porteur ou de leur carrosse et profiter de la ville en marchant, sur conseil médical, pour se mettre en appétit ou faciliter la digestion. La ville devient alors un spectacle, on peut enfin marcher sans se déclasser socialement. C’est le début, en l’absence de règles formelles, des conflits d’usages. C’est aussi l’époque de l’émergence des trottoirs, des bancs, de la fontaine publique, des poubelles, des kiosques, des venelles et autres passages, mais aussi de l’amélioration de la qualité des chaussures, de la podologie, des cours de gymnastique…

 

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La ville, la campagne et le cosmos

L’époque marque aussi « l’invention » de l’urbanisme en tant que discipline par le catalan Ildefons Cerda. Ingénieur inspiré par Haussmann, il théorisera, à la suite de son remarquable travail sur l’extension de Barcelone, l’urbanisme (urbanizacion en version originale) comme la « science » qui pense le mouvement et le repos.

Plus au nord, et un peu plus tard, Camillo Sitte écrit sur la stadtebau, littéralement l’art de la ville, qui sera popularisé chez les francophones par Charles Buls, bourgmestre de Bruxelles,  qui avait une sainte horreur des lignes droites et du frontage, typiques de Paris, y préférant la surprise et la diversité, qu’on retrouve un peu partout à Bruxelles aujourd’hui.

Thierry Paquot parle également longuement des cités-jardins d’Ebenezer Howard, de la polémique entre Mumford et Le Corbusier, de l’apport de Jane Jacobs, comme en écho à son propos liminaire, où il rappelait l’inconvenance de la distinction ville-campagne, développée par le productivisme (terme qu’il préfère à la Révolution Industrielle). Distinction qui n’a pas plus lieu d’être aujourd’hui que la campagne est un espace exploité et colonisé par la ville autant qu’indispensable à son développement, qu’elle n’était pertinente en 1962 lorsque Placide Rambaud parlait déjà de l’urbanisation des mœurs et des rythmes à la campagne.

Et de rappeler enfin que les villes de l’empire romain étaient toutes « pensées » selon le même plan, inspiré des Etrusques, avec le cardo (axe nord-sud) et le decumanus (axe est-ouest), à la croisée desquels se trouvait le forum. Ce mythe à l’origine des pans hippodamiens, en miroir à la cosmogonie des civilisations concernées, a cédé sa place au seul mythe de la rationalité économique, avec les aléas qu’on lui connaît.

 

 

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Demain la rue ?

Bien sûr, la ville comme la rue ont un avenir. La question sous-jacente est de savoir lequel. Thierry Paquot apporte alors quelques éléments de réflexion.

Repenser la ville et la rue ne pourra se faire sans repenser l’auto(im)mobile – rappelant qu’un véhicule nécessite environ 8 places de stationnement pour pouvoir s’acquitter de tous ses déplacements (eux-même ne représentant que 5% de son temps de vie), et redonner charme et tranquillité aux rues en replaçant les déplacements piétons et cyclistes au cœur des politiques d’aménagement.

La question de la rue est indissociable à la fois de la cause des enfants et de celle des femmes, à l’échelle planétaire, puisque l’urbanisation ne connait pas de frontières. Pour les sans-abris, également, le sujet d’une réorientation des financements est posé : pourquoi financer des commissions et groupes de travail plutôt que de leur attribuer ces fonds directement, en proposant par exemple une aide à l’autoconstruction, qui aurait également  des vertus d’insertion professionnelle? Il faudra quoi qu’il en soit mettre un terme à l’urbanisme hostile et se battre, coûte que coûte et aménagement après aménagement, pour une ville inclusive

Poser les conditions d’un retour de la nature en ville pourrait passer par un hommage à la toponymie: Thierry Paquot propose ainsi de planter, dans chaque rue au nom fleuri , l’arbre ou la plante correspondant (des lilas rue des lilas, etc) ; mais aussi par le respect de la chronotopie de chaque espèce. L’éclairage au sodium, par exemple, dont sont si friandes les communes pour mettre en lumière leurs monuments est une catastrophe écologique, qui conduit à la disparition du lichen (marqueur biologique pertinent de la survie des écosystèmes naturels en ville).

Autre enjeu décisif, la marchandisation de l’espace public, dont les frontières avec l’espace privatisé et approprié s’amenuisent et s’effacent. Pour preuve, la pratique émergente (mais pas si récente) des publicités éphémères sur le trottoir, ou l’installation dans le paysage des gated communities (dont l’une des conséquences serait l’éclatement de la sociabilité et les « crises de voisinage ») et des rues privées.

Thierry Paquot passera enfin rapidement (trop, sans doute) sur les travers de la #SmartCity (apologie a-critique des TIC), et du tourisme, qui conduit à l’uniformisation des capitales, et des centre-villes dans le monde entier, ce qu’il appelle joliment « l’effacement de l’ailleurs » (peut-être aurais-je un jour l’occasion de vous raconter son anecdote sur les tapas à Barcelone!)

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A l’exception de sa célèbre charge contre les gratte-ciel et leur monde, Thierry Paquot aura, pendant deux heures, fait le tour de ses marottes, de ses positions tranchées sur l’urbain – mais certainement pas de sa pensée. Un pur régal dont on aurait aimé qu’il se prolonge encore toute la nuit…

En librairies : Dicorue, Vocabulaire ordinaire et extraordinaire des lieux urbains, CNRS Editions, 2017

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Et puisque Jane Jacobs, née en Pennsylvanie, grande penseuse de l’urbain et ardente défenderesse de la ville intense, fut un des fils rouges de l’intervention de Thierry Paquot (et que les Eagles de Philadelphie viennent de remporter leur premier Superbowl), visitons donc ses rues, la temps d’une chanson…

 

 

Smart Cities ou Ville Open-source ? Ville agile, ville intelligente

Trois semaines se sont à peine écoulées en 2018 que l’un des challengers au mot de l’année a pris une avance considérable. Pas un jour en effet sans que ne soit abordée la #SmartCity. Smart City, vous dites ?

Wikipédia la définit comme « une ville utilisant les technologies de l’information et de la communication pour « améliorer » la qualité des services urbains ou encore réduire ses coûts. » On notera que l’amélioration est sujette à guillemets. Ailleurs sur les internets, dans des espaces numériques moins objectifs, on peut lire « optimisation », « bien-être », « ambition », « évolution », service », bref un champ lexical hagiographique.

 

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Passion étymologie

Et pourtant, la #SmartCity, cette « domotique » urbaine, est déjà sous le feu des critiques : elle serait un outil de surveillance (France Culture y consacrait même récemment une émission plutôt…angoissante), ou bien ontologiquement inégalitaire.

On traduit d’ailleurs  trop facilement « smart » par « intelligent-e ». Si connectée rend plus justice à la réalité d’une #SmartCity, le terme est certainement moins vendeur. Et l’étymologie nous apprend beaucoup plus sur le choix de ce terme. Smart dérive en effet du vieil anglais smeortan, dont le sens originel est causing sharp pain, autrement dit qui cause une douleur aigüe. Étonnant non ?

 

Aussi, propose-je le terme de maligne, autant dans son sens de ruse, d’astuce que de malveillance.

Je ne suis pas moi-même, on l’aura compris, un fervent défenseur de la Smart City. Bien sûr, elle a des vertus potentielles, mais deux problèmes me semblent insurmontables :

  • La #SmartCity s’est imposée dans nos vies sans aucun débat démocratique. Autant les données utilisées (à qui appartiennent-elles), que leur usage, et les outils qui vont de pair. Y a t-il eu un débat démocratique sur les compteurs Linky rendus obligatoires ? La haute technologie, quand bien même serait-elle open source, n’est ni conviviale, ni démocratique – elle nous rend dépendants d’elle-même et entrave l’autonomie.
  • Et puis, il y a sa faiblesse principale : qui dit #SmartCity dit outils numériques. Or, face à la problématique de raréfactions des ressources (on parle souvent du pétrole, en négligeant trop souvent la question des terres rares, et l’impact du réchauffement climatique sur les fermes de serveurs informatiques, entre autres), l’avenir, du moins l’avenir « durable », n’est pas à la technologie – ou alors à un retour des low-tech guère compatible avec une gouvernance numérique de la ville.

 

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Dès lors, la #SmartCity ne me semble pas « intelligente ». Il en va pour moi de la ville comme de la personne humaine : l’intelligence c’est aussi et surtout une question d’agilité (particulièrement au sens d’adaptation à son environnement – elle est donc situationnelle), de bienveillance (inclusive, équitable, sobre) et de résilience, capable à la fois de se relever d’un traumatisme comme d’anticiper en douceur les changements à venir – le tout démocratiquement.

Une ville intelligente ce serait donc ça : une ville qui se réinvente, à coups d’initiatives citoyennes, de projets low-tech  à basse entropie, d’économie circulaire, de DIY ; une ville, au final, open-source, aux codes ouverts à tous, modifiable et transposable.

 

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Quelques exemples de ville Open-Source

Bourg-palette

C’est ici que les arbres viennent se réincarner. Si Bourg-Palette est le village de départ des joueurs de Pokemon, elle est aussi, désormais, cette chouette métropole où on l’on pratique le détournement de palettes de transports en mobilier d’intérieur et de plus en plus en mobilier urbain. Mais, victime de son succès, non seulement Bourg-Palette a vu sa démographie exploser et son centre-ville se gentrifier mais surtout son activité économique est mise à mal par la demande trop pressante.

 

 

 

 

Hacker Valley

Hacker Valley est l’agglomération qui s’est construite autour du coeur historique de Bourg-Palette. Hack Valley est le centre névralgique de l’innovation et du détournement, qui applique les idéaux de sa ville-centre à l’ensemble de la fabrique urbaine. Ici, tout le monde résiste. On a laissé les caméras de surveillance s’installer pour mieux les dénoncer, on a rhabillé les cabines téléphoniques en bibliothèques plutôt que de les mettre au rebut, et les idées comme les modes d’emploi se diffusent librement.

 

 

Guerilla Jardiland

Non loin de là, Guerilla Jardiland se veut une ville verte, défendant la droit à la terre, refusant de participer à l’hégémonie d’une civilisation hors-sol.  Commune indépendante (pour échapper à la législation française) et capitale auto-proclamée des Incroyables Comestibles, on y jardine librement le moindre espace disponible, plantant (et récoltant) au gré des saisons et des envies de quoi embellir et nourrir la ville. La légende veut que les arbres sont heureux à Guerilla Jardiland, ayant tout l’espace pour étendre leurs racines et leurs couronnes, et que le bitume, jaloux de l’attention portée à la flore, se fissure de lui-même pour apporter aux guérilleros un nouveau terrain de jeu.

 

 

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Il existe bien d’autres villes open-source , mais aucune n’est aussi réelle que Detroit. Incarnation douce-amère des villes en décroissance (qui feront l’objet d’une publication prochaine ici-même), Detroit est aujourd’hui un laboratoire urbain, synthèse concrète des urbanités parcourues au-dessus, théâtre d’expérimentations sur la résilience d’une grande ville, l’agriculture urbaine, la débrouille et la participation citoyenne réelle.

Detroit, l’anti-smart city, mais ville open-source archétypale !

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City of dreams

 

[Compte-rendu] Explorer les nuits urbaines – Luc Gwiazdzinski

Compte-rendu subjectif de la conférence donnée par Luc Gwiazdzinski, géographe, à l’Université du Havre, dans le cadre des conférences du Master Urbanité le 9 janvier 2018

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Il est rare d’assister à des conférences destinées en priorité à un public d’étudiants plutôt que de professionnels ou de citoyens curieux (nous étions néanmoins quelques-uns dans l’assistance). L’exercice est sans doute difficile puisqu’il s’agit tout à la fois de synthétiser ses travaux de recherche, de susciter la curiosité et l’envie d’aller plus loin, et de rendre le tout didactique, intéressant, compréhensible.

Luc Gwiazdzinski, géographe, enseignant-chercheur en aménagement et urbanisme à l’Université de Grenoble, ancien directeur d’agence d’urbanisme et du Bureau des Temps de Besançon, s’est admirablement prêté à l’exercice en venant parler de son sujet de recherche privilégié (qu’il craindra lui-même en conclusion de participer à saturer) : la nuit.

Drôle d’outil géographique, direz-vous, mais l’intervenant dresse une carte complexe du territoire Nuit, qu’il compare volontiers à l’Ouest lointain : autrefois peu peuplé et assez bien délimité, les frontières de ce territoire reculent sous les coups de butoir des pionniers, comme si nous étions acteurs inconscients d’un western. Pour explorer ce désert, filons la métaphore cinématographique…

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 La ville qui redoutait le crépuscule (1976)

La nuit – la vraie, si l’on peut dire, celle des mythes, des poètes, des écrivains et cinéastes, et des rêves et cauchemars – se résume aujourd’hui à un îlot de trois heures, entre 1h30 et 4h30, où commence alors le petit matin chanté par Dutronc. Elle symbolise tout à la fois la peur et la liberté, le moment de tous les possibles, positivement ou négativement. Toutefois, la nuit est en réalité un espace de liberté limitée (on ne peut pas tout faire la nuit) et d’insécurité relative (si la nuit est l’espace de l’interdit et des transgressions, particulièrement chez les jeunes, cela touche principalement les comportements sexuels, festifs  ou addictifs – la délinquance n’est pas plus élevée la nuit).

Pour autant, la nuit inclut, pour autant qu’on en ait les codes, autant qu’elle exclut : le droit à la ville la nuit (en termes de mobilité, d’accessibilité, de sécurité…) diffère selon qu’on est un homme ou une femme, un-e jeune ou un-e moins jeune.

La nuit, enfin, est autant un espace de stocks (la grande majorité de la population reste chez elle, et dort, le plus souvent) que de flux : les cartes de nuit montrent un changement de centralités par rapport au jour mais aussi au sein de la nuit même. De plus, les nuits d’une ville sont parfois occupés par des résidents d’une autre ville (qu’ils y viennent pour travailler ou pour faire la fête) : apparaît alors la question de la démocratie situationnelle. Peut-on se contenter de fabriquer la ville avec ceux qui y dorment, ou doit-on y inclure, en offrant pourquoi pas une citoyenneté temporaire, ceux qui y travaillent, ceux qui viennent s’y cultiver ou se distraire, de jour comme de nuit ? Biologiquement, travailler la nuit, ou faire une nuit blanche, n’est pas anodin en termes de santé

 

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La citadelle assiégée (2006)

La nuit est désormais un espace « sous pression », colonisé par le jour, la sphère économique et le temps continu, au même titre que le dimanche ou les pauses méridiennes : la nuit devient évènementielle (Nuit des musées, Nuit Blanche, Nuit de la lecture…), politique (Nuit Debout), commerçante (Marchés nocturnes, La Nuit des Soldes, ouverture nocturne pour la sortie de livres ou de gadgets, moyennes et grandes surfaces allongeant leur amplitude horaire), patrimonialisée (éclairage scénographique d’éléments architecturaux, sons et lumières…). La lumière, sécuritaire, est devenue lumière d’agrément, omniprésente dans les cœurs historiques, allant jusqu’à dérégler la faune et la flore. Le travail de nuit se banalise, avec toutes ses conséquences néfastes pour l’individu (baisse de l’espérance de vie).

La tendance est donc à l’effacement de la nuit, à sa dissolution dans le jour. Mais le territoire Nuit ne s’est pas adapté à ces nouvelles activités, l’offre urbaine est restée « statique et rigide ». L’urbanisme nocturne reste un impensé : quid de la mobilité la nuit ? de l’éclairage public ? du droit à la verdure ? du service public ?

 

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Mes nuits sont plus belles que vos jours (1989)

Comment, dès lors, résoudre en partie, ce problème ? Luc Gwiazdzinski offre alors des pistes de réflexion mais (heureusement) pas de réponses clés en main : il y a de toute façon des nuits, chacune différente, plus qu’une nuit universelle. Parmi ces pistes pour penser une ville pour toutes les temporalités :

  • Créer des citadelles de temps continu, par exemple autour des gares, qui pourrait devenir l’étendard de la ville 24h/24
  • Trouver une identité plurielle, modulable et temporaire des espaces : Luc Gwiazdzinski donne l’exemple de gigantesques immeubles de bureaux qui restent vides entre 18h et 9h et qui pourraient être dédiés à autre chose si l’aménagement y était anticipé(l’accueil d’associations, le logement de sans-abris, sont quelque-unes des idées qui viennent en tête – lire par exemple Elisabeth Pelegrin-Genel)
  • respecter la chronobiologie des espaces et des gens : tester, expérimenter sans cesse pour apaiser ou  résoudre les conflits d’usages. Parmi ses quelques suggestions : l’ouverture nocturne des parcs (en test à Paris), supprimer ou aménager les horaires de fermeture des bars afin de laisser la nuit s’épuiser plutôt que de provoquer des attroupements nécessairement bruyants au moment des fermetures)

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La nuit nous appartient  (2007)

Que retirer de cette conférence très dense ? Pour ma part, j’en retiens surtout cette phrase : « Tout le monde a quelque chose à dire sur la nuit ». C’est pourquoi, au Havre, comme ailleurs, il nous faut organiser des Grenelles de la Nuit ! Ensemble, résidents et citoyens temporaires, décider de jusqu’où ne pas aller : quels services offrir, quel urbanisme repenser, quelle mobilité proposer…et quelles limites fixer.

La nuit est la « compétence de tout le monde et de personne », et sans débat, sans concertation, l’arbitrage se fera toujours sur le dos du plus faible.

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Le Havre : Organisons un Grenelle de la Nuit !

En 2012, après des mois de tension entre riverains, usagers et commerçants du centre-ville (en particulier des rues piétonnes), dues aux nuisances sonores, la ville du Havre se dote d’une Charte de la vie nocturne – comme bien d’autres villes avant elle et depuis. Cinq ans plus tard, une pétition d’usagers – 10.000 signatures en trois jours – fait resurgir le débat suite à des mesures prises par la municipalité au cours des derniers mois. D’un côté, des riverains excédés par le bruit, de l’autre, des havrais regrettant de nouveau la désertification du centre-ville et l’absence d’une véritable vie nocturne. 

 

 

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« C’est beau une ville la nuit »

 

Résumer la vie nocturne aux seules (et éventuelles) nuisances sonores produites par des grappes de jeunes gens sortis du bar fumer leur cigarette un verre à la main, ou quittant un concert l’âme légère, c’est passer à côté de ce qui fait la réalité de la ville nocturne. Les modes de vie changent, et la ville avec. A l’image du dimanche, les temps de calme se réduisent et la ville en continu grignote du terrain. Tentons d’anticiper le développement prévisible des activités nocturnes.

La nuit, la ville ne vit pas seulement au rythme des pintes descendues et des décibels augmentés, elle est aussi le théâtre d’activités économiques diverses. On sous-estime à n’en pas douter le nombre de travailleurs et travailleuses de nuits : de l’artisan-boulanger au patron de café, en passant par les ripeurs, les ouvriers d’usine travaillant en feu continu, fonction hospitalière et forces de l’ordre, c’est près d’un salarié sur cinq et un actif sur dix qui travaille de nuit. N’oublions pas non plus les activités automatisées : distribution d’essence ou d’argent… Désormais, on peut même aller se faire couper les cheveux en nocturne, étudier à la bibliothèque, être le premier ou la première à acheter le nouveau gadget technologique. C’est aussi le temps des activités culturelles et sportives, marchande ou gratuite : cinéma, concerts, spectacles, rencontres sportives, et parfois, sorties au musée

Toutes ces activités engendrent bien sûr des inégalités : de territoire, puisque services, commerces, animations, sont inégalement répartis, en îlots intenses la plupart du temps ; d’accessibilité également, et par conséquence – travailler, se divertir, consommer, ou simplement se déplacer, la nuit, exige presque toujours et encore un mode de transport autonome. Quid, alors, des dessertes de transport en commun ? Sans compter ces actifs et actives aux horaires décalés, qui ont un usage nécessairement décalé dans le temps des services, commerces, lieux de détente… 

L’inégalité est encore plus prégnante quand on est une femme – la population noctambule est très majoritairement masculine. Car la nuit renvoie également (et parfois à tort) à l’insécurité. De ce point de vue, des rues animées, peuplées, sont moins anxiogènes, et moins dangereuses, elles créent un « encadrement social naturel ». Réfléchissons aussi à la lumière, aux cheminements entre ciels étoilés et trottoirs éclairés.

N’oublions pas surtout que la vie nocturne est facteur d’attractivité: comment espérer attirer touristes, étudiants, entreprises et habitants nouveaux, dans une ville où il serait devenu impossible de se restaurer après 22h, en sortant du travail, ou de se déplacer librement en rentrant de soirée, ou de boire un verre passés les douze coups de minuit ?

 

« Tout projet politique créatif devrait tenter de renforcer la citoyenneté nocturne »

Luc Gwiazdzinski. La nuit, dernière frontière de la ville. Editions de l’Aube, 2005

Retrouvez le compte-rendu de la conférence de Luc Gwiazdiznski sur la nuit ici !

Il n’y a pas de bon ou de mauvais usage de la ville. Ne stigmatisons aucune pratique : les droits et les devoirs des citadins s’appliquent autant la nuit que le jour. Comme disait Churchill, voir dans chaque difficulté une opportunité est preuve d’optimisme. Soyons optimiste: ces vifs échanges, ces positions tranchées sont une merveilleuse opportunité pour la ville de s’emparer de la question de la nuit dans son ensemble.

 

ORGANISONS UN GRENELLE DE LA NUIT

 

Alors, sur le modèle des Grenelles locaux de la mobilité, ou des Etats généraux de la nuit à Paris, organisons au Havre un Grenelle de la nuit.

Créons des collèges assemblant l’ensemble des acteurs du territoire (usagers de la nuit, professionnels, riverains, institutions,…), qui seraient amenés à penser, échanger, exposer ce que pourrait ou devrait être la nuit au Havre. Remettons à plat les règles du jeu, et déterminons les ensemble : faisons société.

Commençons par délimiter la nuit : quand commence-t-elle, quand s’arrête-t-elle. Puis, cartographions la nuit, ses activités, son intensité, ses sonorités, ses vides, ses risques, ses éclairages.

Respectons le droit au sommeil, à la pause, mais ne nous contentons pas de régler des problèmes de voisinage et de nuisances sonores nocturnes. Allons plus loin, soyons audacieux. Penchons nous sur les questions de sécurité, d’accessibilité, de mobilité, de loisirs, de tranquillité, d’activité économique. Intéressons-nous à l’entièreté du territoire, de l’hyper-centre festif aux quartiers Nord, des zones d’activités aux zones résidentielles. Prenons en compte les besoins et les désirs de chacun, les obstacles et les contraintes. 

Surtout, prenons le temps. Ne croyons pas pouvoir tout régler et tout anticiper en quelques semaines. L’enjeu est de poser les fondations pour un véritable urbanisme nocturne, respectueux, désirable, durable et accepté de tous.

Peut-être nous faudra-t-il, comme ailleurs, élire un Conseil de la Nuit, nommer des « maires de nuit », indépendants de toutes les parties, à mi–chemin entre la médiation et l’invention, ou bien, comme à Rennes, des « correspondants de nuit » verront-ils le jour. Peut-être l’idée d’un principe d’antériorité émergera.

Peut-être, plutôt, ferons-nous preuve d’inventivité et d’imagination, et d’un esprit de concorde renouvelé. Rares sont les occasions pour l’ensemble de la population de se rassembler. Plus rares encore les occasions pour elle de s’exprimer et d’entendre, de proposer et de défendre.

La nuit, comme la ville, nous appartient tous. Comme la ville, il y a des milliers de façons d’habiter la nuit. Bien sûr, tout le monde ne saura être satisfait des propositions finales, mais après tout, c’est aussi cela la démocratie. Il semblerait dommage néanmoins, de ne pas se saisir de ce sujet, clivant, récurrent, pour en faire un outil collectif d’appropriation de la ville.

Alors, oui, ORGANISONS UN GRENELLE DE LA NUIT.

 

Le Havre, le 29 décembre 2017.

 

Addendum du 19 janvier 2018 : Retrouvez le compte-rendu de la conférence de Luc Gwiazdiznski sur la nuit ici !

 

#CatchMeIfYouSprayCan : Archétype de la ville ludique?

Oui c’est bien lui : le Gouzou (à gauche sur la photo)

(c) Jace

 

Le Havre, mai 2017

En 2017, à l’occasion du 500è anniversaire de la fondation du Havre, toute une série d’événements ont eu lieu à travers la ville, qui, chacun à leur manière, ont mis en valeur et en couleur un lieu symbolique, un espace béant, une perspective, un moment fugace. Ces installations ont été pensées pour être éphémères. C’était sans compter sur l’inattendu coup de foudre des habitants pour ces œuvres. Etait-ce leur beauté ? La fierté de voir, enfin, la ville regardée autrement que comme un finistère pollué et bétonné ? Nombres des oeuvres seront en tout cas pérennisées, et trouveront désormais leur place dans le tissu urbain à part entière, et dans l’imaginaire havrais.

Au cœur de ces festivités, une expérience interactive enthousiasmante : la chasse aux Gouzous. A la demande de la ville, le street-artist Jace, originaire du Havre, a réalisé, en 51 points secrets de la ville des œuvres représentant ses Gouzous, personnages anthropomorphes emblématiques de son travail de collage ou de graffitis.  Le principe du jeu était simple : il suffisait de prendre un selfie devant chacune des 51 œuvres de l’artiste puis de le poster sur les réseaux sociaux en ajoutant le hashtag #CatchMeIfYouSprayCan. 

Voici comment on décrivait l’évènement sur le site des festivités (c’est moi qui souligne) :

Au fin fond d’une ruelle secrète. Dans un recoin perdu du port. Aux abords d’un terrain vague. Jace, fameux graffeur havro-réunionnais, va semer ses Gouzous — ses silhouettes de bonshommes emblématiques — dans les coins les plus improbables, les plus surprenants, les plus stratégiques, de la ville.
À la clef, des trophées et cadeaux pour ceux qui les débusquent en premier. Une chasse au trésor, orchestrée sur les réseaux sociaux, qui tiendra en haleine l’immense fan club des Gouzous, non sans ravir et surprendre les passants.
La carte ci-dessous signale le point de départ des parcours : à vous d’arpenter la ville pour découvrir les œuvres de Jace disséminées à travers Le Havre.

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Ville ludique ? 

Sonia Curnier, assistante doctorante à l’EPFL (décidément une école de référence), définissait en 2014 dans un article paru sur l’excellent site Metropolitiques, la ville ludique comme « le phénomène de transformation de la ville en grand terrain de jeu » à travers le « recours à des artefacts qui (…) encouragent, et de fait, cautionnent, des attitudes hédonistes et ludiques », le jeu restant, selon la définition de Roger Caillois « une activité libre à laquelle personne n’est obligé de participer ».

 

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(c) Un Ete au Havre

Il fallait y penser et y croire, fort: développer le regard urbain, transmettre l’amour (et, osons, le respect) de son environnement à travers le jeu en y mêlant des éléments de street-art, décriés le reste du temps, dans une ville qui a farouchement lutté contre les graffitis – et les Gouzous – au début de ce siècle.

Ces œuvres invitèrent dans un premier temps locaux et touristes à découvrir tout simplement la ville. Partir à la recherche de gouzous, c’était explorer et se perdre dans les rues et les recoins de la ville, dans des endroits où, peut-être, n’avait-on jamais pensé mettre les pieds, ou qu’on ne savait pas exister ; et au-delà, à la voir, à laisser dériver son regard, à se laisser surprendre. Par un tableau électrique devenu œuvre d’art pérenne, un pilier de pont ou un pan de mur venu illuminer une ruelle…

« Les gens me disent qu’ils redécouvrent la ville en partant à la pêche aux Gouzous. Il y a quelques années, les gens appelaient les flics, maintenant, ils appellent leurs potes »
Jace, dans le Monde du 18/09/2017

Au-delà des forts enjeux de marketing territorial, les évènements qui ont entouré le 500è anniversaire du Havre, et le succès qu’ils ont rencontrés ont avant tout permis aux havrais eux-mêmes de (re)découvrir leur ville, de ranimer la flamme de la passion qui devrait, à mon sens, unir chaque individu et les territoires qu’il·elle habite et investit

 

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St-Gall, 2005

Au début des années 2000, à Saint-Gall, charmante métropole « à taille humaine » au nord-est de la Suisse, dans la partie alémanique du pays, trône à deux pas de la gare, le quartier du Bleicheli, le district financer de la ville, ancien cœur de l’industrie textile locale, aujourd’hui investi presque uniquement par la grande banque Raffeisen. C’est elle, d’ailleurs, qui décide de repenser le quartier pour en faire un espace public, vécu, et non plus simplement un espace transitoire entre les différents immeubles de la compagnie.

En accord avec la municipalité, leur choix se porte en 2005 sur le projet de Pipilotti Rist, artiste-vidéaste, et Carlos Martinez, architecte, sobrement nommé Stadtlounge (Salon en plein air).  Le concept : créer un espace de rencontre ludique et convivial en occupant l’espace avec une table de réunion pour 20 personnes, un canapé, un vase géant, une fontaine, une Porsche garée dans la rue, le tout recouvert d’un « tapis rouge », couleur de la banque.

Rapidement, et encore aujourd’hui, les piétons s’approprient l’endroit, jour et nuit, et l’utilisent comme mobilier autant que comme terrain de jeu. Mission accomplie : l’entreprise s’offre une publicité originale, novatrice et la municipalité apaise l’espace public, le rend à ses administrés. 

 

 

 

 

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Bordeaux, 2006

Un an plus tard, à Bordeaux, au mitan de l’été, on inaugure le plus grand miroir d’eau du monde alternant « des effets extraordinaires de miroir et de brouillard ». La proposition prend sa place dans le grand chantier d’aménagement des quais de Bordeaux, et en devient instantanément l’emblème, l’élément central, dépassant sa fonction première et devenant « un lieu urbain comme il en existe peu », comme l’exprime joliment l’un des concepteurs du projet de réaménagement.

Outre les vertus rafraîchissantes évidentes du miroir d’eau, l’endroit est devenu un véritable lieu de détente, de rassemblement, et de jeu, au-delà de l’imagination des concepteurs. Les mariés s’y font photographier, les touristes jouent à se glisser entre les volutes de brouillard régulières, les fans de glisse s’essaient au skim-board sur cette plage artificielle, d’autres y déversent de la lessive.

On imagine assez mal le coût mirobolant de l’opération et de son entretien, mais là encore, mission accomplie : la fréquentation, par définition incalculable, est phénoménale ; on en parle dans le monde entier ; et surtout, les habitants en ont fait un chez eux, à peine perturbés par les visiteurs extérieurs.

 

 

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Copenhague, juin 2012

Comment rendre justice à l’incroyable projet de Superkilen, ce parc urbain niché au cœur du quartier cosmopolite de Norrebro à Copenhague depuis 2012 ? Pensé par l’agence BIG, les paysagistes berlinois de Topotek1 et le collectif d’artistes Superflex, Superkilen se veut un « outil » de revitalisation du quartier, et d’attractivité. 750 mètres de long, traversés comme il se doit par une piste cyclable, parsemés d’aires de jeux, d’œuvres d’art et de mobilier urbain venu des quatre coins du monde. Le « parc urbain » est divisé en trois zones (la Charte d’Athènes se cache parfois dans les projets innovants et durables!) : le carré rouge, dédié au sport, skate, ping-pong, boxe… ; le marché noir, lieu de rencontre, avec ses barbecues en dur, sa fontaine marocaine, des tables d’échecs, une pieuvre-toboggan ; le Green Park, enfin, îlot de verdure, de détente, de pique-nique dominicaux le long de légères collines artificielles. Le tout agrémenté de signalétiques internationales.

Il a fallu aménager, creuser, combler, réhausser, peindre, équiper, mais le résultat est bluffant. Un endroit hors du commun, surprenant, peut-être trop riche en signes, mais représentant idéalement la diversité du voisinage – qui, il faut le préciser, a été mis à contribution au cours d’une intense concertation – et l’hétérogénéité de la population copenhaguoise. 

La mission ? Accomplie, oui. 

 

 

 

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Le Havre, décembre 2017

 

Tous ces superbes projets ont été récompensés par divers prix, à juste titre, et en ont parfois inspirés d’autres. Sans que cela soit toujours intentionnel, ces spots sont devenus des destinations touristiques en soi, sans pour autant être confisqué aux locaux. On pourra regretter néanmoins la minéralité des propositions, et l’absence frappante d’éléments végétaux, sauf à dose homéopathique, comme s’il s’agissait d’un simple élément de décor, mais le sujet de la nature en ville déborde le cadre de ce propos.

On notera également qu’il s’agit à chaque fois, d’intervalles, de pauses dans des urbanités plus conventionnelles (un quartier gentrifié, un quartier d’affaires, un centre historique) , comme si le jeu, le loisir, la créativité, l’appropriation devaient être circonscrits ; cependant que Jace, à travers #CatchMeIfYouSprayCan, a utilisé chaque recoin de la ville, sans en modifier la nature du sol ou des murs, simplement en la réinterprétant, en y dessinant des saynètes (un Gouzou tatoueur, un Gouzou barman, un Gouzou à la plage…).

Poussant l’expérience ludique dans ses retranchements, #CatchMeIfYouSprayCan a l’audace d’exister en dehors même des règles du jeu. Ces œuvres sont là, pour tous, elles y restent, qu’on ait choisi ou pas d’en jouer, et même d’en profiter. Là où le miroir d’eau, les canapés de tapis rouge, la pieuvre-toboggan, entres autres, ont une fonction, une utilité en puissance, les Gouzous, eux, n’ont d’autre vocation que d’être là, de manière désintéressée, désinvolte, insouciante. Un jeu sans fin, sans pièces, sans règles.  

On le comprendra, je suis plutôt fan de cette idée, triplement gagnante – pour l’artiste, pour la ville et pour les habitants – qui n’a demandé au fond, que peu d’investissement, pas d’aménagement nouveau et qui symbolise presque à la perfection « la ville de demain » : surprenante, participative, sobre, réversible, inclusive, esthétique…

 

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Ailleurs, un jour…peut-être ?

 

Le « pont Trampoline » rejoignant les deux rives de Paris (atelier Zundel Cristea) // Marelle, de J.-B. Sauvage, « trouvant l’espace du ciel dans l’eau ».

(Projets issus de la récente exposition Utopies Fluviales)

 

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Johannesburg, printemps 2017

 

De la timidité au désir : Surveiller sa ligne

Prologue. Ligne éditoriale

Il y a quelques mois, j’ai découvert, par sérendipité, l’existence de ce que l’on appelle en botanique les fentes de timidité. L’article, relativement succinct (le sujet étant suffisamment mystérieux pour être relativement peu expliqué), était illustré par des photographies en contre-plongées que je vous laisse découvrir.

Interpellé à la fois par la beauté des prises de vue et la poésie du concept, j’y ai de suite vu un parallèle avec certains clichés artistiques de gratte-ciel. J’éprouvais, à la vue de ces arbres, la même sensation qu’en jouant avec ces aimants qui, lorsqu’on les rapproche suffisamment, exercent l’un sur l’autre une valse d’attraction-répulsion, laissant entre eux un interstice éphémère et massif.

En trichant un peu, en voyant le verre vide plutôt que le verre plein, j’y voyais des lignes remplissant l’espace plus que des fentes séparant les arbres. Et une ligne, c’est quand même plus joli qu’une fente.

Ajoutez à cela la notion de ligne de désir, que le Monsieur Jourdain cycliste que je suis pratiquait sans le savoir, et la question des lignes en urbanisme s’est imposée à moi comme un sujet que je voulais un jour traiter. Parce que ces deux questions révèlent à mon sens bien plus que ce qu’elle ne donnent à voir…

Acte 1. La ligne de timidité

Tentative de définition // Quelques espèces d’arbres souffrent de timidité et laissent quelques dizaines de centimètres de vide appelés fente de timidité pour se séparer de leurs voisins et ne pas laisser leurs branches se mélanger. En l’absence de voisins, ils ont tendance à s’agrandir indéfiniment. Ces espèces d’arbres ont certainement un avantage à ne pas se toucher.

Quel rapport avec l’urbanisme, me direz-vous ?

L’espace, pardi. Que dis-je, le territoire. Sa répartition, sa délimitation, sa fonction, son artificialisation, son appropriation.

Vraiment, ca ne vous rappelle rien ?

Evidemment, ce qui nous intéresse ici, ce n’est pas la voirie, qu’on pourrait identifier aux branches. Ce sont ces petits (vus du ciel) espaces entre chaque pavillon, de part et d’autre et aux quatre points cardinaux. Si l’exemple présenté au-dessus est américain et donc caricatural (mais bien réel), on retrouve des configurations similaires un peu partout en Occident, et chez nous, en France, dans cette frange périphérique. Peut-être le rêvez-vous, ou le vivez-vous même, ce rêve de la maison dont on peut faire le tour, avec barbecue Weber au nord, petit potager et clapier au sud, piscine gonflable à l’est et les voitures stationnées sur les graviers à l’ouest.

Il n’est bien sûr ici pas du tout question de juger, mais d’interroger. A la manière du pin de Californie, quel(s) avantage(s) ont certains d’entre nous à conserver, entre nos demeures, ces lignes de timidités ? Et, par miroir, quels étaient les avantages (et sont encore, pour un très grand nombre d’entre nous) de vivre en mitoyenneté, voire en collectivité, collés, serrés ?

Certes, nous sommes toujours plus nombreux, et nous nous déplaçons plus vite, plus loin, mais le territoire n’a pas grandi lui. La réponse dépasse le seul cadre de l’urbanisme et même celui de la politique, et entre dans le champ philosophique. Mais cela veut dire quelque chose de la manière dont nous devons (p)réparer, prévoir, imaginer le territoire de demain, et au-delà, penser notre manière de vivre en commun.

Autre exemple, avec un rêve moins accessible (et sans doute moins partagé) mais tout autant signifiant.

L’occasion de rappeler que, sauf mention contraire, la très grande majorité publiée sont libres de droit…

Je le concède, si la silhouette est assez proche d’une forêt d’acier, les lignes de timidité sont plus discrètes. Et pourtant. A l’inverse des grands ensembles (qui ne sont pas un modèle, entendons-nous bien) ou des immeubles haussmanniens, il n’est nullement question ici d’enfilade. Chaque tour est conçue isolément du reste, pour répondre à un besoin capitaliste – ou viril, c’est selon – d’ériger sa superbe. Aucun urbanisme pensé, aucune cohérence, des immeubles qui ne se chevauchent pas, des lignes claires, etc. Relire Thierry Paquot (jetez un oeil à la bibliographie subjective de Dernier Kilomètre) semble ici indispensable.

Et vu du sol, ca donne quoi ?

(c) Anna Dru

Acte 2. La ligne de désir

Tentative de définition // Une ligne de désir est en zone urbaine un sentier tracé graduellement par érosion à la suite du passage répété de piétons, cyclistes ou animaux. La présence de lignes de désir signale un aménagement urbain inapproprié des passages existants.

L’inconscient du cycliste comme du piéton n’est pas tellement différent de celui de l’automobiliste (et ça tombe bien, on peut être les trois à la fois) : ce qu’il veut, c’est aller « vite » (toutes proportions gardées), prendre le chemin le plus court possible, ne pas rencontrer d’obstacles.

Pour les voitures, pas de problème, on a pensé le réseau viaire de cette façon. Et pour les autres (qui sont les mêmes donc) ? Et bien, ils s’accommodent. On leur a tracé de beaux sentiers, de superbes trottoirs, bien larges, on a même mis des barrières, parfois, pour empêcher les conflits d’usage. Et les nudges ! Il arrive même qu’on induise le comportement de chacun pour canaliser les flux, orienter les déplacements, répartir l’espace. Que demander de plus ?

Aller vite (toutes proportions gardées), prendre le chemin le plus cout possible, ne pas rencontrer d’obstacles. Et il le fait comprendre. En traçant, puis en suivant des lignes, en exprimant son désir à contre-courant, en refusant la contrainte pensée pour son bien.

Les exemples sont nombreux. Regardez sur votre parcours quotidien, et vous les trouverez. Du chemin boueux à force d’être emprunté jusqu’à la zone de tomette usée de la cuisine.

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Les lignes de désir permettent aussi, comme sur l’exemple ci-dessous (et comme le veut une légende urbaine sur les cheminements de certains campus américains) d’adapter l’aménagement aux désirs, et de s’assurer de répondre au besoin (l’humain étant joueur, continuerait-il à emprunter cette jolie courbe si elle était pavée par de bonnes intentions ?)

Mais faut-il, lorsque cela est possible, répondre à ce besoin ? Faut-il officialiser cette voie, la rendre concrète ? Faut-il, de surcroit, et a posteriori modifier l’existant en tenant compte de cet insatiable désir de laisser sa trace ?

Ou bien laisser la part belle à la réappropriation et à la poésie de trajectoires, en hommage au pionnier ou à la pionnière qui déposa sa trace en premier et à la foule inspirée ?

Mon opinion transpire dans ces questions, mais je ne prétends pas avoir les bonnes réponses.

Epilogue. Ligne de partage des eaux

Le citadin se révèle, surveillant ses lignes, un être profondément territorial, attaché à laisser sa trace, à délimiter son espace de vie, à s’approprier chaque (non-)lieux.

A ce sujet, je ne saurais que trop vous conseiller la lecture du sublime « Climats de France » de Marie Richeux, qui construisant un pont géographique et historique entre deux ensembles de logements réalisés par un même architecte de chaque côté de la Méditerranée à la fin des années 50, se transforme progressivement en un bouleversant détour sur ce que c’est de vivre à la fois ici et là.

Ayons à l’esprit le double désir (légitime ou non, là n’est pas le débat) d’enracinement et de liberté. Si l’urbaniste ne devait faire qu’une chose, ne serait-ce pas cela : rendre réel ces désirs, leur permettre de s’exprimer de manière cohérente, souple et esthétique ?

L’arbre et la pirogue : s’enraciner, c’est aussi devoir partir parfois…

She’s electric

[Première approche des mobilités électriques]

Dernièrement, la mairie de Paris, au travers de son édile Anne Hidalgo a annoncé la fin (verbiage post-moderne pour signifier l’interdiction, la contrainte) des voitures diesel dans la capitale à compter de 2024, puis a surenchéri en promettant la fin des voitures à essence pour 2030. 

Si l’on peut, d’une certaine manière, se féliciter d’une politique ambitieuse et volontariste sur le terrain de l’écologie, de la pollution chimique, sonore (avec les risques induits) – mais pas encore visuelle, la manière comme les alternatives doivent poser question. L’on peut également espérer que cela suscite des envies d’innovation et de développement technologique chez certains constructeurs, ou un effondrement des prix du marché.

La contrainte est-elle la meilleure manière de faire ? Certes, elle sera efficace (à supposer qu’un contrôle soit effectué, en amont ou en aval des voies de circulation intramuros – imaginons-nous des péages réguliers aux portes périphériques ?) mais est-ce vraiment d’une société coercitive dont nous voulons ? Les premiers modèles de véhicule personnel électrique (voiture comme bicyclette) sont aussi anciens que les modèles thermiques (dans le cas de la voiture 😉 ), mais le pétrole est passé par là, et reste sans concurrence sur le plan du rendement énergétique. Alors, oui, peut-être faut-il la bannir de nos aires urbaines…

Mais pour quelles alternatives ? La voiture électrique, et mieux encore partagée, en libre-service, voire carrément autonome et en tournée permanente ?

Anne Hidalgo envisage-t-elle un Paris fonctionnant exactement de la même manière en substituant aux véhicules thermiques des véhicules électriques, « propres » (sic) ?

C’est oublier qu’il est autant souhaitable (écologiquement, philosophiquement) qu’indispensable (physiquement, géographiquement) d’anticiper le futur des déplacements, de la ville et des transports, sinon en priorité, du moins en parallèle de contraintes législatives.

Dès aujourd’hui, il faut se déplacer autrement. Non pas moins, c’est anthropologiquement impossible, comme Jancovici le souligne en s’appuyant sur l’histoire des enquêtes INSEE. Mais autrement. Plus efficacement oui, donc sans doute avec des véhicules moins énergivores (au hasard, le vélo?). Plus proche aussi.

Le bon sens commande donc de dire que se déplacer autrement est indissociable d’un nouveau ménagement urbain, d’un rééquilibrage fonctionnel du territoire (en l’occurrence parisien, mais cette remarque est valable à tous les échelons de déplacement) : rapprocher les services publics (et les multiplier, donc), rapprocher les lieux de vie des tiers-lieux, favoriser la relocalisation de l’économie, repenser l’espace public en utilisant la métrique piétonne comme mesure cardinale…

Tâche herculéenne sans doute, et bien moins facile à vendre que le doudou de la mobilité électrique…

 

Les murs du son (1/4)

Ce post inaugure un série de quatre articles consacré au son dans l’urbanité. Pourquoi commencer par le son ?

Des six principaux sens identifiés par la neurophysiologie (odorat, somesthésie, goût, ouïe, vue et proprioception), l’ouïe est celui qui revêt le caractère le plus important chez moi.

Je suis en effet un enfant de parents sourds (surdité pathologique dans leur cas et non pas congénitale). Paradoxalement, l’ouïe est devenue chez moi le sens probablement le plus développé. J’ai ce qu’on appelle communément l’ouïe fine, et les audiogrammes que j’ai pu passer ont confirmé mes impressions.

Bien qu’on imagine un environnement comme celui dans lequel j’ai grandi comme un « monde du silence », il n’y a en réalité pas grand chose de plus bruyant au quotidien qu’une maison habitée par des sourds. Quand ce ne sont pas des éclats de voix à chaque conversation ou des fracas de portes qui claquent, c’est le silence qui se transforme en haut-parleur et , par contraste,  rend le moindre bruit insupportable. En plus d’un état d’hypervigilance nocturne, j’ai donc développé une tendance à la misophonie. Vivre en ville est parfois difficile pour moi, et je cherche régulièrement la tranquillité, le silence. Le son – nous reviendrons sur la notion de bruit – j’aime choisir sa présence, son volume, son impédance, son absence, sa « qualité », sa fréquence (au sens propre comme figuré).

Le son est également un élément vital, de sécurité, pour moi, puisque, cycliste urbain, je roule « à l’oreille » plus qu’à la vue (bien qu’au fond la proprioception soit autant impliquée dans ma façon de pédaler et de rouler dans le trafic que l’ouïe) : les déplacements d’air et la propagation du son sont pour moi des mystères dont ma vie dépend.

Puisque l’urbanité sensorielle est un des domaines sur lesquels je souhaite attirer l’attention, il m’a semblé donc évident de commencer par l’ouïe. Comment l’ouïe impacte-t-elle sur la pratique de la ville ? Comment les sons citadins (je reprends ici la distinction urbain-citadin proposée par Thierry Paquot) sont-ils perçus, vécus ? Quelles représentations véhiculent-ils ? Et, in fine, la façon dont les logements, les villes et les territoires sont conçus est-elle adaptée ?

Pour répondre à cette question, j’interrogerai 3 manières d’entendre. Le prochain post portera particulièrement (les discussions se faisant à bâtons rompus, il est acquis que nous déborderons à chaque fois du sujet) sur les perceptions, les représentations, les revendications d’un citadin hypersensible et sur la notion d’oreille morale.

Le troisième volet s’attachera à recueillir le point de vue d’un « néo-rural », enfant de la ville parti s’installer à la campagne, et dressera un état des lieux des différences sonores tangibles entre la ville et la campagne. Sa formation d’ingénieur du son amènera qui plus est un regard d’expert sur les questions d’acoustique.

Enfin je terminerai mon polyptique par l’idée qui est à l’origine de ce dossier, un entretien qui me tient particulièrement à coeur, et qui étudiera la question par sa négation : comment les sourds vivent-ils la ville ?

L’objectif de cette série d’articles est bel et bien d’ouvrir une discussion, de donner des clés d’analyse et de compréhension, et d’apporter des témoignages. Elle n’a aucune ambition scientifique, aucune volonté de démonstration. Comme l’ensemble des publications ici, je l’espère, elle sera humble.

 

 

 

 

Prolonger la réflexion : http://www.demainlaville.com/chasser-bruit-ville/

Pourquoi « Dernier Kilomètre » ?

Depuis que j’ai annoncé aux premiers cercles de mon entourage la création de Dernier Kilomètre, la question qui revient sans doute le plus souvent est « C’est quoi Dernier Kilomètre ? Tu vas y faire quoi ? ».

Jusqu’ici j’ai botté en touche, en traçant de grandes lignes (qui ont bien bougé depuis) et surtout en expliquant que je travaillais au développement de mon offre. En vérité, il m’était impossible de répondre à cette question sans commencer par le pourquoi.

 

Pourquoi, donc, Dernier Kilomètre ? Pourquoi ce site, et cette aventure personnelle et professionnelle ?

Pour rendre vraiment la ville à ceux auxquels elle appartient et qui la pratiquent. Trop souvent j’ai eu le sentiment de subir la ville plus que de la vivre. Ces derniers mois, j’ai pu constater, au gré de mes rencontres, que je n’étais pas le seul à ressentir cela. Bien souvent, la ville se fait d’en haut, ou de l’extérieur, sans prise en compte de ses usagers quotidiens, sans jamais partir de l’usage pour décider. Pourtant la ville n’est rien d’autre que ce qu’on en fait. Tous ensemble, chaque jour, par chacun de nos actes. Nous la détournons, nous l’occupons, nous la ressentons. Allons au bout de la logique, et construisons là ensemble.

Pour préparer la ville de demain en proposant une ville d’aujourd’hui différente, sobre, humble, apaisée, humaine. La ville d’aujourd’hui c’est aussi cet espace hors-sol, pollué, générateur d’un trafic monstre, un espace tout sauf résilient, absolument pas prêt à affronter les déjà-là de la transition énergétique et de la post-croissance. Il faut réparer, ménager, améniser, optimiser, minimiser, coopérer. Il faut, plutôt que refaire la ville plus écologique plus autonome, la vivre différemment, l’habiter autrement.

Pour réenchanter la ville. L’image de la ville d’aujourd’hui se rapproche du rouleau compresseur, du tractopelle déshumanisant, uniformisé, de l’araignée étendant sa toile, avec les nuages pour horizon vertical. Aussi est-il autant urgent et indispensable qu’il est passionnant de la réenchanter en lui donnant du sens, des couleurs, en valorisant les sensations qu’elle nous procure, en la rendant ludique, surprenante.

 

D’accord, mais tu vas faire comment ? 

Je vais faire humblement, à mon échelle, sans injonction et avec passion.

D’abord en relayant, en posant et en ouvrant les débats, souvent liés à l’actualité urbaine. Je n’ai pas l’ambition d’apporter des réponses définitives – ce d’autant moins que je ne suis pas convaincu qu’il existe des réponses universelles transposables à des contextes toujours différents. Il y a en revanche des bonnes pratiques dont on peut s’inspirer, à la lettre ou dans l’esprit.

Ces solutions auront parfois l’allure de montagnes infranchissables, et parfois de petits cailloux semés. Le fait est que la ville, ceux qui la font et ce qui la fait changent vite, plus vite que sa géographie, que le temps de la décision et de l’action mais qu’une montagne n’est qu’un amas de petit cailloux. Soyons modestes.

En relayant ou propulsant un imaginaire positif : l’art d’hier et d’aujourdhui a beaucoup à nous dire sur nos urbanités, et en passant souvent par des chemins de traverse. Qu’est-ce que la ville symbolise pour chacun de nous, que véhicule-t-elle, comment la voit-on, comment la veut-on, comment la rendre désirable… Tant de questions qui méritent illustrations ! 

En racontant des histoires, aussi. Je veux m’intéresser aux gens qui peuplent la ville, à ce qu’ils y sont, à ce qu’ils y font et à ce qu’ils en font. L’urbain est une série de sensations, une suite d’expériences, agréables ou violentes. Ce vécu n’est pas modélisable, ni prévisible, ne tolère aucun arrangement politique, mais est indispensable à la qualité de vie, au dynamisme territorial.

Je proposerais donc, entre autres, et très irrégulièrement :

– des billets d’humeur sur l’actualité urbaine,

– de la veille urbaine, des infos, des liens vers des sites ou des articles (dont je partage l’idée ou non !)

– des dossiers sériels sur des sujets auxquels nous attachons de l’importance, mais toujours centrés sur l’humain (récits de vie, diagnostics en marchant, etc)

– des comptes-rendus d’expo, de conférences, des fiches des lecture, des critiques de films, tout ceci en rapport avec l’urbain,

– une galerie photo symbolique de la ville d’aujourd’hui : ludique, esthétique, insolite, résiliente,

– des propositions concrètes sur des territoires concrets

Et sans doute d’autres choses à mesure que les envies surgiront !

A la fin de chaque publication, j’essaierai de partager une chanson, un court métrage ou une publicité renvoyant à l’imaginaire propulsé par le sujet de l’article.

 

Et tu proposes quoi ? 

Dernier Kilomètre, c’est aussi une activité professionnelle dont le but est d’accompagner tous les acteurs urbains qui souhaitent eux aussi réenchanter et apaiser leur environnement.

Je suis disponible pour animer des réunions de concertation, des formations, des talks, participer à des études d’opportunités, contribuer à des enquêtes, etc – en ne laissant jamais de côté ma vision de la ville, sujet politique par essence, et objet humain, pâte à modeler de nos représentations.

Et comme promis, on se quitte en vidéo, avec les Beastie Boys : je me pencherais peut-être un jour sur l’imaginaire urbain qui peuplaient leur clips !

Thomas

 

Attends, dernière question : Pourquoi ce nom?  

Ca, c’est une autre histoire, pour une autre fois.